Quand le ciel vous tombe sur la tête

Quand le ciel vous tombe sur la tête

26 août 2026 0 Par Sarah Arnaud

« Il y a dix-huit ans, j’ai reçu un godet de pelle mécanique sur la boîte crânienne. J’ai passé un mois dans le coma ». Christophe Bertron raconte son histoire sans amertume, en se tournant vers son père, Didier, pour confirmer les éléments qui entourent l’accident et dont il n’a aucune trace dans sa mémoire. Après dix opérations au cerveau, il a fallu tout réapprendre, boire, manger, parler, marcher, lire, écrire, se servir d’une tondeuse… « Quand ça arrive, on est paumés et on pense qu’on est les seuls à pouvoir gérer, se souvient Didier. Pourquoi moi ? Comment il va faire quand je ne serai plus là ? Le soutien est fondamental. » Avec six familles touchées par l’AVC ou la rupture d’anévrisme d’un conjoint, l’accident de voiture d’un fils ou d’une fille, il crée en 2011 l’AFTC (Association des familles de traumatisés crâniens et cérébro-lésés) de l’Ain, qui réunit aujourd’hui plus de cinquante familles. L’idée, au-delà du soutien, de l’écoute, des conseils de pair à pair et de l’entraide mutuelle, est « de proposer des sorties qui permettent aux familles de partager quelque chose avec leur blessé », de vivre des rires qui relativisent les soucis.

Christophe et Didier Bertron
Christophe et Didier Bertron

Qu’est-ce qu’une cérébro-lésion ?

« Chaque année, 300 000 nouvelles personnes en France sont victimes d’un accident de la vie occasionnant une lésion cérébrale acquise (traumatisme crânien, AVC…). Celle-ci se traduira, parfois par des séquelles physiques, mais toujours par un handicap cognitif qualifié de handicap invisible qui prendra la forme d’une lenteur, d’une fatigabilité, d’un trouble du langage et de la mémoire, d’une absence ou d’un défaut de la communication et de la motivation, de difficultés à organiser et anticiper, et parfois même, de troubles du comportement. Souvent ces adultes en situation de handicap perdent leur emploi, voient leurs amis s’éloigner, connaissent la solitude, l’exclusion sociale et doivent être repris en charge par leurs familles, faute de pouvoir vivre de manière autonome. »

source : www.aftc01.fr


Antoine et Carole animateurs du Gem
Antoine et Carole, animateurs du Gem.

Un Gem* pour retrouver une vie sociale

« On voulait aussi quelque chose pour eux, pour nos blessés. Il faut savoir qu’un cérébro-lésé manque souvent d’envies, d’initiatives. La plupart du temps, il n’a plus les capacités intellectuelles de travailler. Le but, c’était de les sortir, qu’ils ne passent pas la journée dans le canapé à regarder la télé », poursuit Didier, qui réussit à ouvrir le Gem Va et Vi’Ain dès 2016, d’une quarantaine d’adhérents aujourd’hui. Les deux salariés de l’association établissent un programme d’activités à la semaine, qu’idéalement, ils aimeraient co-construire avec les gemeurs. Comme le reconnaît Antoine, « le plus difficile est que les envies viennent d’eux. C’est souvent « comme tu veux » On rencontre aussi des difficultés de mémoire, d’assimilation. » Il n’empêche, le Gem joue bien son rôle de lien social, rendu difficile parfois parce que tout nécessite beaucoup d’efforts et de concentration pour un cérébro-lésé qui se fatigue très vite et s’intègre mal dans les conversations de groupe. « Ce qui demande le plus d’énergie en tant qu’animatrice, explique Carole, c’est de créer une ambiance dans laquelle tout le monde se sente à l’aise pour partager, même s’il y a des mésententes qui sont normales. » Au Gem, le blessé doit partager l’attention qu’on lui porte. Lui qui a été centre du monde à 100 % après son accident réapprend la vie en société, chemine vers l’autonomie.

*Qu’est-ce qu’un Gem ? Un Gem est un groupe d’entraide mutuelle. C’est une association,  subventionnée par l’Agence régionale de santé, qui a pour objet premier de créer du lien social grâce à des rencontres, échanges et activités organisées par ses adhérents. Il est organisé dans un format de pair-aidance, avec des personnes présentant des troubles de santé ou un handicap similaires. 

L’atelier menuiserie du Gem Au va et vi’Ain
L’atelier menuiserie du Gem Au va et vi’Ain

Réapprendre une autre vie

Aujourd’hui Christophe a 41 ans. Il a quitté le cocon bellegardien de ses parents pour une maison à Bourg-en-Bresse. Il a retrouvé son permis, même s’il faut le réévaluer tous les cinq ans. Il n’est pas ingénieur en génie civil mais travaille aux archives départementales, par le biais d’un ESAT hors les murs géré par LADAPT à Viriat. Il poursuit la rééducation orthophonique, pas pour progresser mais pour ne pas régresser. Il s’est découvert un talent pour la menuiserie grâce au Gem et un nouveau hobbie, l’art des joutes, au club nautique de Neuville-sur-Ain. « Un cérébro-lésé surprend toujours, plaisante Didier. « Aujourd’hui, tout roule », Christophe s’est adapté à sa nouvelle vie et son réseau social n’a rien à envier à bien d’autres. « Un cérébro-lésé, c’est pour la vie. Il faut accepter qu’il n’est ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre », conclut Didier.


Cérébro-lésé, à qui s’adresser ?