Entrer en douceur dans le bain des démarches administratives
22 juillet 2026 Non Par Sarah ArnaudPar Nathalie Wolff

La frise de la vie active
Ambérieu-en-Bugey, jeudi 4 juin, le matin. Cartes en main, dans une salle de la MJC, des jeunes jouent, débattent : est-ce une bonne chose d’automatiser les brancards ? Le journalisme, métier passionnant ou dangereux ? Faut-il faire des études pour réussir ? D’autres se questionnent, positionnent des copies de documents officiels, attestation de recensement, carte vitale, quittance de loyer… sur les grandes pastilles d’une frise de la vie active étalée au sol. Parmi eux, certains expliquent les jeux, relancent les débats, interrogent, animent. Ils portent un T-shirt orange floqué du nom d’Unis-Cité, association nationale experte et pionnière du service civique. L’après-midi, ils accompagneront leurs pairs de la mission locale dans un rallye administratif grandeur nature, à travers la ville. Impôts, mairie, assurance maladie… Ils franchiront les portes de partenaires complices pour résoudre des énigmes, échanger, se familiariser au grand bain des arcanes administratives… Ils ont tous entre 16 et 25 ans.
Une journée fertile
Cette Journée vie active, JVA comme on la nomme dans le jargon, est la 2e après celle de Bourg-en-Bresse en 2024. Il s’agit d’une expérimentation portée par la Direction régionale de l’économie, du travail et des solidarités, en partenariat avec l’Éducation nationale, qui part du constat fort selon lequel, comme le rappelle Muriel Chemin, directrice adjointe départementale de l’emploi et des solidarités, « les jeunes représentent 30 % des personnes qui sont éligibles à des droits sociaux et qui n’y accèdent pas, faute de connaissances, de savoir quoi faire ou qui interpeller, d’oser franchir la porte des institutions. » Elle s’adresse à de jeunes décrocheurs, orientés par la mission locale. Pédagogique, ludique, dynamique, intéressante, au dire des intéressés, la journée remplit ses missions. Elle est cependant bien plus que cela. Des jeunes, en fin de service civique, accompagnent d’autres jeunes, partagent leur expérience, au travers de jeux qu’ils ont contribué à créer, d’un rallye qu’ils ont organisé, testé, en collaboration avec d’autres antennes. Les adultes plus expérimentés, les plus de 30 ans en somme, restent sur le côté de la scène, discutent, boivent le restant de café. Ça roule tout seul. Des jeunes se sont rencontrés, ils échangent de pair à pair dans un lien plus naturel, plus étroit, plus fécond.

France services, une étape du rallye

Maintenant, je sais ce que je veux faire
Et pourtant, il y a huit mois, ces volontaires si à l’aise dans l’animation, étaient eux aussi en recherche, décrocheurs parfois. « Certains reviennent de très loin » , confie Delphine Nal-Cutarella, coordinatrice d’équipe et de projet Unis-Cité, en se remémorant l’étonnante métamorphose visible entre les photos d’aujourd’hui et celles de l’entrée en service civique. À ses côtés, Noé acquiesce. Jeune volontaire de 17 ans, il raconte avec enthousiasme et calme son expérience, les échanges d’outils, les formations, les rencontres avec les autres antennes d’Unis-Cité, le travail en équipe. « J’ai beaucoup aimé la méthode d’animation de la frise à Chambéry, avec le buzzer, ça donnait un côté compétition. »
C’est avec un petit pincement au cœur qu’il appréhende la fin d’une aventure humaine incroyable la semaine suivante, mais c’est confiant qu’il reprend sa route. « J’ai mon BAFA* théorique et je cherche un stage pratique. Il y a tout qui s’enchaîne, ça fait énormément de bien. Maintenant je suis posé, je sais ce que je veux faire, je sais ce que je vais faire l’année prochaine. » Et pourtant, Noé revient de loin. L’année dernière, l’ITEP** dans lequel il était scolarisé depuis le CM2 avoue son impuissance et l’invite à trouver autre chose. « Je n’étais pas facile du tout. Je ne faisais rien quand j’étais en classe, je faisais du bruit tout le temps, même pour l’ITEP ça devenait compliqué. Une dame m’a parlé du service civique. » Une dame, une main tendue et tout s’enchaîne. « Il y a un an, on ne se serait pas parlé du tout, avoue-t-il à la journaliste. C’est quelque chose que j’ai beaucoup travaillé. Je ne pouvais pas rester bloqué sur ça. C’est vrai qu’on peut dire : ‘oui, mais j’ai un handicap, donc je ne peux pas faire autrement’. Si j’en ai la volonté, je peux faire autrement. J’en ai eu la volonté et j’ai réussi. Ma vie sociale commence un peu à s’ouvrir, je commence à m’ouvrir aux gens. Je fais attention à ce que je dis, comment je parle, même si j’ai encore deux ou trois trucs à travailler. »
Ces miracles-là ne se produisent pas systématiquement, mais Unis-Cité donne sa chance à chaque jeune. Le critère de sélection ? L’envie de s’engager dans des missions solidaires pour une ou deux causes de cœur (environnement, santé, culture seniors…), charge aux coordinateurs de l’association de mettre en œuvre un service civique personnalisé avec des actions, des dispositifs, des formations qui permettent à chacun de grandir, de prendre confiance, de développer son autonomie, son aisance, son sentiment d’utilité, ses projets.
*Brevet d’aptitude aux fonctions d’animations
** Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique (Établissement médico-social qui accompagne les enfants et adolescents présentant des troubles psychologiques ou des difficultés de comportement, afin de favoriser leur scolarisation, leur socialisation et leur autonomie.)
Service civique
- Engagement de 6 à 12 mois dans le secteur public ou associatif, en France ou à l’étranger
- Avoir entre 16 et 25 ans (30 ans pour les jeunes en situation de handicap)
- Aucune condition de diplôme
- 620 € d’indemnisation ( juin 2026), dont 505 € pris en charge par l’État

