Un salon des talents au féminin, parce qu’une femme est bien plus qu’un CV
15 juillet 2026 Non Par Sarah ArnaudPar Nathalie Wolff

« Une femme n’est pas seulement un CV ou un diplôme. Elle est aussi tout ce qu’elle sait faire, transmettre, créer, organiser, accompagner ou entreprendre. Toutes ces compétences ont de la valeur et méritent d’être reconnues. » Olfa Ben-Redjeb, coordinatrice pour le centre social et culturel Jacques Prévert, du projet de territoire du bassin oyonnaxien « Horizons féminins », mène depuis 2020 des actions pour que les femmes sortent de l’ombre et prennent leur place dans toutes les sphères, privées ou publiques.
Un groupe de parole « Libérez la parole des femmes » (né en 2020), des formations sur l’estime de soi et la confiance en soi (en 2025 et 2026), un forum de l’emploi au féminin au pied des immeubles (en 2025) et récemment, le 9 juin 2026, un salon des talents au féminin, chaque étape de ce projet au long court se construit au fur et à mesure, dans un lien étroit entre habitantes et acteurs locaux, dans une véritable synergie de terrain, d’où émerge déjà des parcours positifs, des sourires teints d’une confiance nouvelle.
Le parcours d’Inès
À 37 ans, la vie malmène Inès. Mère célibataire au RSA, elle est dans l’urgence. Membre du groupe « Libérez la parole des femmes » dès sa création, elle bénéficie en janvier 2025 de la formation sur l’estime de soi, et intègre parallèlement le groupe de copilotage du forum de l’emploi au féminin. Au forum, elle rencontre le groupe Solid’aire qui lui confie une mission de ménage. D’autres missions suivent rapidement. Le centre social l’accompagne pour identifier des annonces. Elle postule. Grâce au dispositif Déclic emploi de la MIFE, elle fait une simulation d’entretien. Aujourd’hui, Inès est fonctionnaire stagiaire au lycée Arbez Carme.

Monter les marches, une à une
Au forum de l’emploi au féminin, les acteurs professionnels de la mobilité, de l’insertion, de la formation avaient installé leurs stands à ciel ouvert, au cœur du quartier prioritaire de Bellignat. Ils étaient venus à la rencontre des femmes pour favoriser un premier lien, allégé de portes à pousser, de protocole institutionnel.
Un an plus tard, ce sont les femmes elles-mêmes qui s’installent derrière un stand, se dévoilent, osent montrer leurs talents, leurs compétences, leur univers. Pour venir là, chacune a franchi sa réserve, ses peurs, chacune a pris du temps pour identifier ses compétences, sa valeur, réfléchir à la façon de se présenter, soutenues par le centre social ou et par le dispositif FEDI* porté par France Travail.
*Dispositif territorial d’accompagnement de femmes en difficulté d’insertion
25 femmes au rendez-vous de ce 1er salon









Oleksandra, arrivée d’Ukraine en 2022 a astucieusement contourné la barrière de la langue par des book et des animations numériques, Catherine a choisi de montrer ses valeurs, ses passions, Sandrine expose pour la première fois sa peinture, celle à laquelle le CV ne laisse pas de place, Audrey, nouvelle dans la région, est venue développer son réseau, Emily tente l’exercice difficile de proposer ses services dans une vente non prédatrice et éthique, Bibilali fait goûter quelques uns des savoureux plats afghans qui peuvent prendre place sur un buffet, Anastasia présente son projet de grandes sculptures miroitantes dans la ville…tressage, couture, henné, consulting en numérique, gestion administrative…elles sont 25 à être venues au rendez-vous de ce premier salon, accueilli par la municipalité de Bellignat.

“La pauvreté a un genre”
Des talents, des envies, des projets, le salon parle des femmes en positif, de celles qui constituent la moitié de la République, et auxquelles Karine Garcin-Escobar, sous-préfète de Nantua, attache une attention particulière. Le diagnostic posé par l’Etat est en effet sévère : « La pauvreté a un genre. Dans l’Ain, 53 % des demandeurs d’emploi sont des femmes, 77 % des familles monoparentales sont des femmes seules avec enfant et leur nombre a augmenté de 20 % en 6 ans dans le département. Une étude du Haut commissariat au plan, publiée en février dernier, a suivi pendant 16 ans une cohorte d’élèves depuis leur entrée au collège et conclut à une surpénalité féminine. Les femmes ayant connu la pauvreté à l’adolescence ont une probabilité significativement plus élevée d’être sans emploi, sans formation ou à faible revenu à 27 ans. Ces constats sont graves mais ne sont pas une fatalité. » Le projet « Horizon féminin » montre « l’engagement des collectivités, des associations, des acteurs qui permettent de trouver ici et maintenant les leviers et la capacité pour dépasser ces obstacles et mettre en lumière ce que l’on voit dans ce salon, les talents, l’engagement, la fierté et la diversité. »
Ouvrir l’horizon des jeunes filles
Refuser la fatalité, c’est aussi agir dès le plus jeune âge et œuvrer pour permettre aux jeunes filles de briser le plafond de verre qui pèse sur elles. Dans un territoire industriel de savoir-faire et d’innovations où les femmes sont sous-représentées, trop souvent absentes des métiers techniques et scientifiques proposés sur le bassin, un nouveau projet, « Les Sciences au féminin », mené avec Altec, l’union des industries et métiers de la métallurgie et l’Éducation nationale et financé par l’État, démarrera dès la rentrée auprès de jeunes collégiennes du bassin oyonnaxien.

