Manon Haab, 20 ans, sourde et heureuse
22 avril 2026Manon a vingt ans. Originaire de Confort (près de Valserhône), elle est étudiante en architecture d’intérieur, sportive de haut niveau médaillée, à l’aise en conférence, en interview, souriante et joyeuse, en un mot, brillante. Sans l’appareil qui entoure son oreille, qui devinerait, tant son expression et sa compréhension sont fluides, qu’elle est atteinte de surdité ?

Et pourtant, à son entrée en maternelle, on comprend que cette enfant qui ne réagit pas, n’entend pas. “Je dis souvent que le français, ce n’est pas ma langue maternelle, car je ne l’ai pas entendu. J’ai dû l’apprendre à 100 % grâce à une orthophoniste qui a fait un travail exceptionnel”, raconte la jeune femme, sans l’ombre d’un accent. Des appareils, des implants cochléaires, la technologie avance, pour autant, si le handicap de Manon en devient presque invisible, il n’en est pas moins présent. “Je reçois tous les sons au même niveau, l’aspirateur comme la parole. Et puis, avec mes implants, je n’ai que quinze sons de aigu à grave, au lieu de 250 pour un être humain. C’est très réduit. À la fin de la journée, je suis morte”.
Selon l’article L.5213-6-1 du Code du travail, le référent handicap, obligatoire dans les entreprises de plus de 250 salariés, a pour rôle principal d’agir en faveur de l’insertion professionnelle des travailleurs handicapés. Pour cela, il est « chargé d’orienter, d’informer et d’accompagner les personnes en situation de handicap » dans les entreprises.
À noter : Depuis le 1er janvier 2019, les Centres de Formation d’Apprentis (CFA) doivent également disposer d’un référent handicap dont le rôle est d’agir pour l’intégration des apprentis handicapés. Il pourra notamment les aider dans leur recherche d’employeur et facilitera leur intégration dans l’entreprise.

Si le 7 mars dernier, Manon s’est rendue à l’école des jeunes sourds de Bourg-en-Bresse, qu’elle fréquentait tous les mercredis à l’enfance et à l’adolescence, c’est, au-delà des retrouvailles, pour transmettre un message de courage. “Quand je vois des jeunes sourds, je suis toujours ravie de parler de mon parcours. Mon histoire leur donne envie de se battre. C’est important aussi pour les parents, leur faire comprendre qu’ils ne sont pas seuls et qu’il y a aussi des parcours exceptionnels.” Entourée par sa famille et par des spécialistes, Manon a travaillé dur pour en arriver là. L’enfant victime d’exclusion à l’école a fait place à une jeune femme particulièrement à l’aise qui ne limite pas ses rêves. Sur son chemin, deux rencontres l’ont armée de persévérance et de confiance en soi.
L’envie de se battre
D’abord, la natation, qu’elle découvre à sept ans. “La piscine, c’est mon milieu à moi, reposant, où je peux enlever mes appareils et qui m’a permis d’avoir une médaille quand à l’école j’étais toujours exclue, qui m’a donné envie de me battre comme je l’ai fait”, explique la jeune nageuse qui rêve, après avoir participé aux Deaflympics du Brésil et du Japon, de devenir un jour la première femme française médaillée depuis 1924.
Ensuite, le handisport. Son regard s’illumine à l’évocation de cette grande famille qui réunit lors de stages tous les handicaps, qu’ils soient physiques ou psychiques. “Vélo porteur, loup- garou, basket fauteuil, aviron : on adapte les activités en fonction des handicaps, et on joue ensemble, sans jugement, sans critique, pour le plaisir. Le handisport c’est magique. Ça m’a appris à comprendre que le handicap, c’est pas gênant. Quand on est seul, c’est difficile d’accepter. De se retrouver entre copains avec des handicaps tous très différents, d’en rire, ça m’a donné de la persévérance dans la vie de tous les jours, l’envie de réussir comme tout le monde.”

Et dans la vie, Manon n’a plus peur de l’exclusion, elle ose, elle demande, elle trouve des solutions. “J’ai un micro dans la classe que je donne à certains profs quand j’ai besoin. Je demande parfois une salle à part pour travailler. Quand j’arrive dans une nouvelle école, je vais tout de suite voir le référent handicap et je lui dis mes besoins. Il y a beaucoup de gens qui ne savent pas ou qui ont peur d’être rejetés, mais au contraire, ça soulage de savoir qu’on va s’adapter. Ça apaise et ça donne envie de continuer et de travailler”.
Et dans la vie, Manon n’a plus peur de l’exclusion, elle ose, elle demande, elle trouve des solutions. “J’ai un micro dans la classe que je donne à certains profs quand j’ai besoin. Je demande parfois une salle à part pour travailler. Quand j’arrive dans une nouvelle école, je vais tout de suite voir le référent handicap et je lui dis mes besoins. Il y a beaucoup de gens qui ne savent pas ou qui ont peur d’être rejetés, mais au contraire, ça soulage de savoir qu’on va s’adapter. Ça apaise et ça donne envie de continuer et de travailler”.

Manon et son père ont mis au point un système de départ lumineux, le sourdeaf starter, qui permet de codifier les quatre étapes de la procédure de départ du nageur sourd, qui peut ainsi démarrer dans les mêmes conditions qu’un autre compétiteur.
La surdité ? Ça reste un handicap mais ce n’est pas quelque chose de négatif. Ça fait partie de ma personnalité. Ce n’est pas grave.



