Protéger, éduquer, insérer :  la justice des mineurs, un équilibre entre éducatif et sanction

Protéger, éduquer, insérer : la justice des mineurs, un équilibre entre éducatif et sanction

8 juin 2026 Non Par Sarah Arnaud

« La France n’est pas assez riche d’enfants pour qu’elle ait le droit de négliger tout ce qui peut en faire des êtres sains. » Préambule de l’ordonnance du 2 février 1945, texte fondateur du droit pénal des mineurs*

E comme…

UEAJ, UEMO, CEF, CER, UEHC** : au cœur des acronymes de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), siège le « E » de éducatif, parce que les enfants ou les adolescents sont des êtres en devenir. « Si on n’y croit pas, si on ne tient pas, qui tiendra pour eux ? s’exclame Jade Amrouche, éducatrice de la PJJ à l’unité éducative de milieu ouvert (UEMO) de Bourg-en-Bresse. On me demande souvent s’il y a beaucoup de récidives, si au fond, ça fonctionne. Notre métier, ce n’est pas de réduire les jeunes à un acte. On n’est pas là pour les juger, ni pour les défendre mais pour valoriser tout le positif qui est en eux et les ramener à la vraie vie, même si ce n’est pas toujours facile. On plante des graines. On espère que certaines germeront dans le temps, même si ce n’est pas dans l’instant. Un jeune délinquant est un jeune en souffrance, c’est par définition un jeune en danger qu’il faut protéger.»

Un projet adapté à chaque situation

Psychologue, assistante sociale, conseillère en insertion, éducateurs : les équipes des deux UEMO de l’Ain couvrent tout le département pour accompagner les jeunes de 13 à 21 ans qui ont commis des actes de délinquance. En véritable fil rouge, elles interviennent à toutes les étapes de la procédure judiciaire, depuis le recueil de renseignements socio-éducatifs qui aident le juge à prendre une décision adaptée à chaque situation particulière jusqu’à la mise en œuvre des décisions de justice. Les éducateurs assurent le suivi régulier du jeune, où qu’il soit, dans sa famille, placé ou incarcéré et rend compte de son évolution. « On individualise la prise en charge, en élaborant un projet éducatif personnalisé, avec par exemple des modules de réparation comme une lettre d’excuses à la victime, des maraudes avec la Croix-Rouge, un exposé…, des modules de santé, d’insertion… On travaille avec beaucoup de partenaires, l’Éducation nationale, la Mission locale, l’École de la seconde chance, Addictions France, la Sauvegarde, le planning familial, les associations…»

Restaurer l’estime de soi

Les outils sont multiples pour aider le jeune à comprendre la gravité de son acte, à développer son sens des responsabilités et acquérir des compétences pour s’insérer. Rencontre d’un adjoint au maire et visite de la mairie, projet filles autour de la sexualité, des menstruations, de l’estime de soi, ateliers savoir-faire et savoir-être, sorties culturelles avec les jeunes et leurs familles :  les équipes ne sont pas à court d’idées pour imaginer des projets porteurs de sens et valorisants pour des adolescents souvent en manque d’estime et de confiance. « L’année dernière, on a créé une pièce de théâtre avec une compagnie sur le thème de la place qu’on a dans la société, avec quatre professionnels de la PJJ et quatre jeunes, s’anime Jade. C’était hyper intéressant. On est allés jouer à Narbonne dans le cadre d’Avenir en scène. Les jeunes ont pu mettre en avant leurs compétences. » Si l’éducatif prime sur le répressif, il n’en reste pas moins qu’un mineur déclaré coupable d’une infraction risque des sanctions qui peuvent aller jusqu’à l’incarcération.